Tuto 6 : le BDSM pour les nul-le-s

C’est un fait : entre le fantasme du donjon/harnais de cuir/croix de saint-André et la réalité (un achat de petit martinet « qui ne fait pas mal » – mais qui a lacéré durablement les fesses de votre partenaire), il y a un gap.

Le BDSM – Bondage (Discipline) Domination Soumission Masochisme – constitue un univers large et souvent méconnu (même si 50 shades of grey a vulgarisé certaines pratiques). Oh lala, pensez-vous en votre for intérieur, moi la douleur très peu pour moi.

Certes…. Mais aimer infliger ou recevoir de la douleur n’est qu’un aspect du BDSM, et c’est loin de résumer toutes les possibilités qu’il recèle. D’un côté, le BDSM fait peur, ou bien parait super kitsch (on a le droit de ne pas avoir envie de barder ses bourrelets dans du latex) et de l’autre, il peut fasciner, pour peu qu’on ait eu un-e partenaire qui s’y connaisse, et qui vous initie aux joies du shibari, de la domination soft, de la privation sensorielle (je rigole, hein).

Fantasmer sainement, c’est possible.

Pourquoi est-ce que le BDSM fait peur?

Sans doute parce qu’il est encore associé à l’homosexualité masculine et à la vague de moustachus version Village People et harnais de cuir, qui ont défendu la cause gay aux Etats Unis en pleine période de campagne anti SIDA.

Sans doute aussi parce que le BDSM parait peu compatible avec un consentement éclairé, vu qu’il s’agit précisément d’apporter de la contrainte, ou de jouer avec cette idée du moins, au sein de l’acte sexuel.

Sans doute enfin parce que le BDSM catégorise énormément les pratiques, et qu’on a pas toujours envie de rentrer dans les cases (dom, soumis, slave, kaijira, ….). Sans compter le nombre d’accessoires sur le marché – fouets, cagoules, baillons, matériel gynécologique, pince à tétons….- susceptible d’impressionner Hannibal Lecteur himself.

Jooooyeux anniversaire Viviane, joyeux anniversaiiiiiire…..

Sauf que…. C’est bien plus compliqué que ça.

Prenons l’exemple d’un-e dominant-e et d’un-e soumis-e, dans l’acceptation consensuelle de ces deux termes : imaginons que la dom joue avec le soumis; l’attache; le malmène plus ou moins gentiment ; lui donne des ordres; etc.

Finalement, c’est le dom qui est au service du soumis. C’est la soumise qui va induire ce que va inventer la dominatrice pour lui procurer le plus de plaisir possible. C’est à la personne qui domine qu’incombe la charge mentale de l’acte sexuel, à qui reviennent la plupart des décisions, c’est le dominant qui doit prendre soin de l’autre, prendre garde à ne pas franchir certaines limites, veiller à ce que son consentement ne fléchisse pas devant soit la brutalité des pratiques (fessées, claques….) soit la prise de pouvoir (fais-moi ceci, mets toi à 4 pattes, etc).

Etayons en citant ces propos d’une habituée du BDSM :

« Le masochiste n’a rien à voir avec le sadique. Le sadique n’a rien à faire d’une victime consentante. Le masochisme requiert l’accord des deux personnes, c’est complètement consensuel. »

Et vice et versa.

Pour ces raisons, on peut tout à fait se proclamer féministe et soumise. Ou bien féministe et avoir des fantasmes dits de viol (exemple, avoir envie d’être tellement désiré-e qu’on se fait prendre par surprise, si j’ose dire). Ca n’a d’ailleurs rien à avoir avec un véritable viol ; et nombre de féministes proposent aujourd’hui de renommer ces fantasmes de viol en fantasmes de sexe sous contraintes/sexe bestial/sexe sous un porche en pleine nuit. Ca nous éviterait de culpabiliser d’avoir de tels fantasmes . Evidemment, l’écart dans le sexe hétéro entre les hommes qui fantasment sur la soumission, et les femmes, ne laissera pas de nous interroger. Seulement, notre libido n’a que faire des statistiques – notre libido oscille entre conditionnement culturel et liberté du désir, on ne peut pas y faire grand chose.

Seulement, donner un consentement vague ne suffit pas, et les pratiques BDSM restent ambivalentes, parce que d’un côté elles visent à dépasser certaines limites (psychologiques avec la domination, physiologiques avec le sadisme) en toute sécurité et de l’autre, elles tendent vers les jeux de pouvoir, susceptibles de facilement dégénerer aussi – peut-être que du coup, vous retrouver saucissonné-e au Carlton avec un baillon sur la bouche, un bandeau sur les yeux et un plug dans les fesses vous paraitra a postériori comme une idée plutôt moisie.

Pour jouer, en plus d’un-e partenaire averti-e, il vous faudra donc établir clairement établir vos limites personnelles à l’avance. Arriver naïvement dans ces pratiques en déclarant « oh bah moi j’ai pas de limites, je ne sais pas, je suis là juste pour essayer » vous expose au fait de trouver rapidement les dites limites, et pas de manière forcément super agréable. Ce qui est excitant, c’est justement d’établir à 2 (ou plus) le champ des possibles, le cadre du jeu. La personne qui domine devra alors dérouler un scénario plus ou moins établi à l’avance avec des nuances, des essais, des regards, des paroles qui tombent juste et qui ne froisseront pas la personne qui reçoit. Tout un art, en somme, qui signifie que mettre des limites n’équivaut pas à plaquer un scénario bêtement.

Méfiance cependant, parce que la sexualité a longtemps pâti d’un imaginaire de violence et de contrainte (il suffit de lire Sade ou Pierre Loys pour être horrifié-e par la pédophilie, le côté scato…), violence qui était le pendant de tout un héritage judéo-chrétien et moralisateur sur le plaisir. Et qui n’a plus tout à fait cours aujourd’hui. Malheureusement, le porno mainstream montre encore énormément de jeunes femmes prises par des phallus en délire, à grands renforts de râles, d’insultes voire de crachats. Très peu de femdom, à l’inverse, dans les propositions de vidéos sur les plateformes. On le sait déjà : le porno mainstream est patriarcal. Résultat, selon une étude de la BBC, 33% des femmes britanniques ont subi des violences lors d’un acte sexuel (strangulation, claques….) et elles n’étaient pas (du tout) OK. Alors, oui, le milieu du BDSM est aussi truffé de personnes pas hyper bien intentionnées, ou qui vont plaquer des fantasmes de domination débiles sans s’y connaitre vraiment. (_> Tu es ma soumise, tu vas me sucer dès que j’en aurais envie et je partirai sans mot dire, par exemple, constitue ainsi le niveau 0 du BDSM).

Comment faire alors si on veut débuter?

Prescrire les possibilités dans un tableau excell qui recense au choix : l’ondinisme/la strangulation/la douleur/le bondage des poignets ou des chevilles ne constitue pas une manière très poétique de s’accorder. Mais il faut discuter, vraiment, avec votre partenaire. Dire ce qui vous excite, ce qui vous fait peur… On n’est pas obligé-e-s de savoir à l’avance si le shibari ou l’humiliation, ça va vraiment nous plaire. Dans ce cas, on se laisse la possibilité d’arrêter en plein milieu si ça ne va pas.

Quand je dis « swag » tu arrêtes, OK?

Si vous cherchez à explorer ces pratiques et que les sites de rencontre ne vous effraient pas, celui-ci a l’avantage d’organiser des communautés de soumis/es et/ou de dom qui vous donneront plein de bons conseils, qui vous indiqueront par quoi commencer, qui vous protégeront aussi des personnes mal intentionnées. Par exemple, un petit groupe de nanas soumises et féministes recensent les doms pervers et/ou complètement à la ramasse pour les black lister.

Si vous préférez le présentiel, et que vous êtes francilien-ne, une association propose des « munch parties », soit des apéros soft entre pratiquant-e-s chevronné-e-s et simples curieux/ses (personne n’est habillé en latex et ne se promène en laisse, rassurez vous). L’occasion d’échanger, de confronter aussi son fantasme (genre, ben finalement les pros du BDSM ont souvent entre 50 et 60 ans, est-ce que c’est toujours OK pour vous?), et de discuter maniement du fouet et comment bien donner une fessée. Une fois par mois, à Paris donc.

Le shibari est à la mode mais ne s’improvise pas (à moins que vous n’ayez envie de figurer dans le business des records des urgences du coin). Ce centre organise des sessions d’apprentissages pas chères et dans la bonne humeur.

Mais avant tout, c’est avec vous même que vous devez fixer, le plus précisément possible, ce qui vous fait envie. Etre attaché-e? trop large. Attaché-e et fouetté-e, sur quelles parties du corps, à quelle fréquence, avec quels instruments? Dominer oui mais comment? Se faire lécher les pieds, se faire servir un café par le/la partenaire à quatre pattes, pouvoir « l’offrir » à d’autres? Est-ce la douleur, le corps marqué, l’humiliation (ou pseudo-humiliation) qui vous parlent le plus? Du coup, il vous faut travailler vos compétences d’imagination, de visualisation. Se projeter avec un baillon : voulez-vous respirer encore, ou seulement par le nez? N’hésitez pas à ajouter des détails : un baillon pour quelle position exactement? A genoux? En levrette? etc etc.

Si on oppose le sexe vanille (c’est à dire, le sexe sans BDSM) à ces pratiques, elles restent donc extrêmement variées et diverses. Ainsi, en matières de shibari, sachez que la pénétration est extrêmement rare. Qu’on peut aussi se déclarer « switch », c’est à dire, passer d’une catégorie à une autre selon le contexte et l’envie. Qu’on distingue les « top » (celles et ceux qui dominent, infligent éventuellement des douleurs, mais aussi donnent des ordres….) des doms, et les « bottom » des soumis. Qu’on peut se déclarer simplement « kinky » (ce qui est très large). Qu’il existe des couples qui vivent 24/24 dans un contexte BDSM, avec collier d’appartenance et geôle, et aussi des marchés d’esclaves (oui, moi aussi, ceci m’horrifie). Sauf qu’avec tout ça, le BDSM revendique une charte hyper précise en termes de bienveillance, de consentement.

Ainsi, les partisan-e-s du SSC se déclarent adeptes d’un BDSM Sain, Sur et Consensuel. Les 4Cs répondent à la devise : Caring, Communication, Consent and Caution. Bref, vous n’allez pas forcément vous jeter dans la gueule du loup si vous entrez dans cet univers; mais attendre un-e inconnu-e les yeux bandés vous expose à des risques – bien connaitre l’autre avant de se lancer reste une prérogative de base. Etre bien sûr-e, par exemple, que tout signe marquant une volonté d’arrêter, à n’importe quel moment, soit clair, et entendu.

Si jamais vous avez une heure devant vous, écoutez donc ce podcast (qui ressemble plutôt à une émission de radio) avec une dominatrice en invitée. Celle-ci a ramené sa « Chose » et lui colle des fessées en direct, sous les rires interloqués des autres nanas. (collector!) Elle dit par exemple : « Moi à force, j’ai envie que mon soumis soit autonome. Non mais le mec qui m’appelle pour avoir quels vêtements mettre tous les matins, c’est trop de responsabilités pour moi. » Car oui, pour le ou la top, la charge mentale est élevée, il s’agit de prendre son de l’excitation et du corps de l’autre, tandis que pour le ou la bottom, s’en remettre à un-e dom est une manière de s’abandonner au plaisir tout en se sentant protégé-e.

Comment instaurer un couple libre?

2020 commence avec son lot de résolutions toutes meilleures les unes que les autres. Dry january. Accro yoga le dimanche soir. Traiter ta phobie administrative (surtout si tu conduis une mesure d’austérité au gouvernement). Aller baiser ailleurs et rester en couple.

C’est un fait : pour la première fois dans l’histoire de nos relations, nous expérimentons la seuxalité longue durée avec un-e partenaire priviliégié-e, et en plus de ça, on voudrait que ça soit 1.magique 2. magique et 3. magique. Breaking news : ca ne fonctionne pas à tous les coups, et Esther Parel explique pourquoi dans cette Ted’s Talk Comment faire durer le désir dans une relation?

Le désir se nourrit de distance et de nouveauté. C’est comme ça. Alors tant mieux si votre partenaire vous apparait suffisamment mystérieux/se pour susciter votre désir aussi surement qu’au premier jour. Tant mieux si de la lingerie affriolante et quelques sex toys suffisent à combler chez vous ce besoin d’inédit.

Mais…. Force est de constater que les fantasmes de tout un chacun concernent grosso modo 3 typologies : 1° le sexe à plusieurs – idéalement le plan à 3 plutôt que le gang bang ; 2° le sexe en public ou dans des endroits nouveaux ; 3° les rapports de pouvoir.

Eh oui! Ca serait tellement plus simple si on fantasmait sur une sexualité joyeuse au milieu des arbres qui bourgeonnent avec des cabanes à déchets renouvelables à côté de nous….

Chérie cette robe rouge t’irait à ravir

Mais c’est OK aussi d’avoir de tels écarts entre les fantasmes que nous souhaitons avoir et les fantasmes que nous avons vraiment (« fils qui se tape sa mère » étant en assez bonne place dans les recherches les plus fréquentes sur le pornhub hétéro, eh oui).

Donc. Après des semaines, ou des mois, de sexualité monogame satisfaisante ; durant lesquels chacun de vos orgasmes venait vous lier férocement à l’amour de votre moitié ; vous commencez à admettre qu’avoir du désir pour quelqu’un d’autre ne fait pas de vous, ou de la dite moitié, un-e sombre connard-e. Voire, vos récentes expériences amoureuses s’étant échouées contre cet écueil, vous comprenez qu’on ne va pas non plus faire semblant de vivre dans Tristan et Yseult toute notre vie – et que instaurer des règles de couple libre est un bénéfice certain pour la longévité du couple.

De toutes manières, c’est dur de délimiter clairement une infidélité : est-ce tromper? Est-ce séduire? Est-ce partager un tiramisu avec regards langoureux et rires mutins?

Esther Parel, encore elle, (mais c’est vraiment la gourou de l’infidélité, elle est géniale) explique dans cette autre conférence en lien ici (« Je t’aime, je te trompe ») que : » la monogamie n’a rien à voir avec l’amour. Elle a été inventée par les hommes pour s’assurer de la fidélité des femmes, pour savoir de qui sont ces enfants et à qui ira la vache quand je mourrai. »

« L’infidélité n’a pas grand chose à voir avec le sexe finalement, l’infidélité a à voir avec le désir. Désir de se sentir vivant-e, important-e. »

Mais c’est épineux, il faut bien l’avouer. Ce n’est pas parce qu’on se déclare joyeusement ouvert-e après deux verres de vin et autant de semaines de relation que, quelques temps plus tard, on ne tape pas une crise de nerfs devant un message énamouré / un historique de porno / un week-end séminaire et sodomie.

Alors partons du principe d’ambivalence que : Si vous instaurez des règles, vous vous sentirez plus en confiance pour communiquer. Mais -> si vous instaurez des règles, vous mettez également en place certains interdits que l’autre aura peut être envie de franchir. Va falloir faire avec buddies. La bonne nouvelle c’est qu’il y autant de possibilités d’expérimenter le couple libre que d’occasions de flancher.

Bah on avait dit polyamour mais là ça fait beaucoup non?
  • Le couple libre mélangiste (c’est à dire, des plans à 3 ou plus, mais toujours en présence de l’autre). On peut aussi commencer par du cote à cotisme (soit du voyeurisme mignon avec un autre couple par exemple) histoire de ne pas se retrouver avec une crise de jalousie inopinée au mauvais moment. Attention à délimiter des règles : bisou sur la bouche, fellation exclusive …? – sans non plus devenir staliniens (je te préviens tu n’éjacules que sur moi hein!). Pour trouver des partenaires, il y a moult sites de rencontres libertines, perso je conseille celui-ci pour les couples.
  • Le couple libre par intermittences. Typiquement : partons du principe qu’on a pas le droit de coucher ailleurs. Et si ça arrive, ça arrive! A partir de là, il faut définir : 1 – est-ce que j’ai envie de le savoir? 2 – est ce que l’autre a envie de le savoir? Ici, il faudra veiller à ce que la moindre soirée sans l’autre ne soit pas sujette à crises d’angoisses, surtout si vous rentrez à 7h du mat en sentant la chatte l’alcool.
  • Le couple libre sexuellement : on voit des amant-e-s, mais c’est juste pour coucher ailleurs. Ca parait idéal je sais, mais bon courage pour trouver des partenaires dans ce cas, sauf si vous avez le physique de Xavier Dolan (partons du principe que l’offre et la demande en la matière différent selon que vous soyez homme ou femme) (et hétéro ou gay). Autre problème : si ça se passe vraiment bien sexuellement avec quelqu’un vous aurez envie de le/la revoir. Donc vous nouerez une forme de relation avec lui/elle, avec des conversations, peut être de la tendresse… C’est naïf de se dire, non non, on va juste frotter nos parties génitales les unes contre les autres mais ça s’arrête là, t’inquiète.
  • Le couple libre qui accepte les incartades plus largement : D’accord, tu peux dormir chez l’autre, oui tu peux avoir d’autres liaisons, voire on se raconte nos plans pour s’émoustiller et/ou rigoler. Notons que bien souvent, le/la partenaire en couple est aussi celui/celle qui est privilégiée, dans beaucoup de domaines (ce qui demande une grande ouverture d’esprit, on s’en doute, et aussi une forme de sécurité, une communication fluide, tout ça)
Et là il m’a fait mais tellement jouir!
  • Les couples polyamoureux. Alors là moi je voue à ces couples une admiration sans bornes. Déjà pour leur absence de possessivité, de jalousie, pour l’acceptation que l’autre puisse tomber amoureux/se (même un peu vite fait) sans se sentir abandonné-e ou en insécurité. Sans parler de l’agenda qui doit rapidement ressembler à rien.
Lundi Marie, Mardi Paul, mercredi Camille…

Evidemment, pour peu qu’on évoque ces problématiques d’infidélité/de jalousie/de couple libre/de communauté anarchiste ; il y aura toujours les sceptiques, les frileux/ses, les pessimistes, qui vous diront : bah moi j’en connais et ça ne marche jamais….Il y en a toujours un-e qui finit par souffrir.

Rappelons que notre époque n’est pas précisément florissante en termes de durée de vie des couples. Qu’un couple sur deux se sépare au bout de 3 ans, en moyenne, statistiques aggravées par l’arrivée d’un enfant, la vie citadine, les gaz à effets de serre. Donc de toutes manières, qu’on se déclare en couple libre ou non, les chances pour que vous souscriviez à une pension de retraite privée à 83 ans restent assez minces (enfin on l’espère) (pour la pension privée du moins).

Donc d’ici là, gardons espoir, et rappelons nous que nous vivons une époque fascinante sur la question de l’amour et du couple longue durée. Parce que nous pouvons fixer notre propre cadre.

Manif incandescente (2)

(1ere partie de la nouvelle ici)

Alors que nous progressons lentement vers la place de la Nation, je note que je suis toujours aussi surprise par la grande effervescence qui règne dans les débuts de manif. Et j’adore cette bigarrure d’énergies politiques, ça me galvanise. Ca me conforte dans le fait de perdre une journée de salaire sans pour autant aller faire une sieste.

Il y a les motivé-es qui diffusent des tracts, à la volée, déjà enthousiastes avant même que les premiers fumigènes ne soient lancés.

Il y a les visages graves, parfois moustachus, parfois terriblement jeunes, des banderoles aux messages hilarants, des déguisements, des fanfares, des saucisses, des caméras, des k-way noirs, des familles, des syndicalistes vieillissants, des lycéen-ne-s qui chantent des slogans anti fascistes en toutes circonstances.

Un arrière plan divertissant et réconfortant, mais qui ne suffit pas à ôter de mon imagination des fulgurances érotiques de Jade, que je viens de rencontrer. Jade, l’infirmière à la poitrine rebondie. Ses yeux verts, sa malice. Ses pommettes hautes, veloutées, ses regards en coin, sa chevelure auburn qui encadre son visage animé – surtout en ce moment, alors qu’elle me parle de la cause féministe, non sans m’effleurer le bras ou me considérer d’un petit air moqueur, comme pour dire, je sais que je te plais. J’essaie de l’écouter au maximum, pour être à même de répondre ensuite sans être à côté de la plaque, mais je focalise sur ses lèvres roses, sur le bout de sa langue qui pointe entre ses dents, et que je n’imagine que trop bien pointer …

Non mais parce que tu vois, tant que le gap orgasmique existera, je ne vois pas comment les femmes vont pouvoir se libérer vraiment de l’oppression. Les femmes hétéros jouissent moins que toutes les autres catégories : moins que les gouines, moins que les PD, moins que les mecs hétéros. C’est fou hein quand même? C’est bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas? Je ne dis pas qu’on est obligé-e-s de jouir tous les jours, mais là quand même, question statistiques, ça fait peur!

Elle me lance un petit clin d’oeil, tandis que je rougis d’un coup. Je ne sais quoi dire, tout cela me semble trop intime pour être abordé comme ça, a fortiori avec une inconnue.

Allez, détends toi, je te demande pas de me raconter ta vie.. Seulement, si tu veux boire un verre après la manif, et me parler de toi, ou de ce que tu voudras, ou même de ne rien raconter du tout, ça me ferait plaisir. Je file en cortège de tête, les manifs à la papa derrière le camion saucisses très peu pour moi.

Elle m’épèle son numéro avant de filer gaiement avec ses copines dans la foule.

Je n’ose pas m’approcher du cortège de tête – en tant que médecin, je ne connais que trop bien les effets nocifs des gaz sur la santé, sans parler de la violence policière devenue coutumière pour peu qu’on soit mal placé-e, qu’on soit là au mauvais moment. Aussi je reste sagement derrière mon camion, discutant avec mes collègues de l’hôpital, essayant de faire contre mauvaise fortune bon coeur lorsque le cortège est bloqué par les gaz et que nous devons attendre avant de repartir. Un message à Jade, pour lui proposer un verre près de République, m’aide à être philosophe….

18 heures. Un café pas trop chic ni trop fréquenté. Nous avons l’air de deux copines qui se retrouvent après la manif, pour boire un vin chaud. Je me sens soudain gênée, d’être là à draguer une femme. Comment allons nous faire pour nous embrasser? Je n’ai jamais fait ça avec une nana. Si quelqu’un se moque de nous, ou pire encore, se mettait à nous agresser?

J’habite juste à côté, déclare Jade en écrasant sa cigarette, comme si elle lisait dans mes pensées. On monte? J’ai de la bière à la maison. Et tandis que nous montons l’escalier, je ne peux m’empêcher de mater son cul, moulé dans un pantalon noir. De m’imaginer attraper ses hanches et la pénétrer. De la faire crier. De la voir me supplier de rentrer en elle, encore et encore.

Nous buvons une bière, et Jade me parle de sa vie, de son quotidien en école d’infirmières, j’évoque pour ma part les journées harassantes à l’hôpital.

Allez, je t’avoue, j’ai envie de t’embrasser. Tu en as envie toi aussi?

Oui. Enormément. J’ai envie de sentir ta langue contre la mienne.

C’est un baiser langoureux, chargé de promesses, de sous entendus.

Je voudrais que tu enlèves ton pull. Je voudrais caresser tes seins.

Les seins de Jade sont énormes. Leur forme en poire, leurs aréoles roses, m’évoquent un havre de paix, et je me vois en train de les lui lécher, comme un animal. Je lui mordille les tétons, doucement, je teste ; je m’étonne d’être tellement à l’aise. De ne pas me poser trop de questions, de ne pas me sentir si débutante que ça.

Tu veux bien enlever tes vêtements? Oui, je vais me mettre toute nue, et tu vas me regarder.

Les habits éparpillés sur le sol encadrent son corps pâle, d’une blancheur éclatante. J’admire son ventre rond, ses seins doux. J’approche ma main de ses cuisses, les effleure : comme tu es douce. Comme tu es belle.

Elle ne dit plus rien, et prend ma main pour la poser sur son pubis. Je sens ses poils sous ma paume, et je descends doucement, je l’embrasse en même temps que je commence à sentir sa chatte humide dans ma main. Et ça m’excite terriblement. J’aurais envie de rester là, comme ça, les doigts sur sa chatte douce et trempée, à l’embrasser, à voir ses joues rosir ; aussi parce que je ne sais plus quoi faire. Une légère panique m’envahit alors : que dois-je faire pour la satisfaire? Quels gestes , pour lui mettre un doigt par exemple? dois-je me caler sur mon propre plaisir, ou bien me fier à mon intuition, à mon empathie?

Je crois que je veux que tu me guides, Jade. C’est ma première fois avec une fille.

Oh, tant mieux. Rien ne m’excite plus qu’une hétéro débutante. Petit clin d’oeil, qui signe la dérision. Elle me déshabille en me fixant de ses yeux espiègles. Je sais y faire. Je vais te faire jouir, tu vas voir. Tu vas adorer ça. Je vais te rendre accro, accro à moi, à mes mains, à ma langue.

Elle m’allonge sur le canapé, embrasse mon cou, mes oreilles, puis mes seins. Elle les soupèse, les admire, les embrasse. Tu es sacrément bonne quand même. Je sens contre moi sa peau douce, je sens même l’humidité de son entrejambe tandis qu’elle écarte doucement mes cuisses, dévoilant mon sexe. Elle le presse de sa main, en apprécie la texture, approche la main de mon visage et me caresse de sa paume en disant, regarde comme tu sens bon….

Alors, elle fait quelque chose d’incroyable, qui déclenche en chacune de mes cellules un plaisir inédit. Elle frotte sa chatte contre la mienne, comme un homme en fait, dans un mouvement très masculin. Je gémis fort, parce que la sensation est à la fois douce et puissante, je gémis fort parce que je ne m’y attendais pas – elle se frotte fort, son clitoris tout gonflé contre ma vulve trempée. Pour moi, le sexe entre femmes – entrevu à l’occasion de quelques films pornos – ne ressemble pas à ça : se lécher, oui, se mettre des doigts, mais mimer la pénétration et en tirer autant de plaisir, ça me parait complètement fou.

Tu aimes ça hein? tu adores même. Je le vois. Oh que oui, j’adore, continue, je t’en supplie. Ne t’arrête surtout pas. Tu adores que je te prenne comme une salope, avoue. Oui, c’est vrai. tais toi, continue.

Son souffle s’accélère au dessus de moi, tandis qu’elle continue à se frotter, de plus en plus fort ; et je sens le plaisir monter par vagues, progressivement, jusqu’à ce que des flashes en moi – la chatte de Jade trempée, ses gros seins qui s’agitent au dessus de moi, sa main qui sent encore mon sexe sur mon cou – défilent et me renversent dans un autre monde, un monde où je me fous de la tête que j’ai quand je baise, un monde où je ne pense ni à l’hôpital ni à l’heure du réveil le lendemain. Un monde où seul mon plaisir a de l’importance. Un monde où j’atteins l’orgasme, pour la première fois de ma vie, un orgasme qu’on ne simule pas, où on crie parce qu’on ne peut pas s’en empêcher. Je la sens accélérer et décharger, dans un dernier mouvement, au dessus de moi. Un liquide chaud se répand sur mes cuisses.

Elle s’étend sur moi pour reprendre son souffle et me propose en riant une serviette pour m’essuyer. Je suis fontaine! Dit-elle en allant dans la salle de bains. Je réponds : oui, j’avais remarqué! Et j’adore ça… Même si je suis un peu surprise, pour moi c’était un mythe.

La tête de Jade, étonnée, apparait par l’encadrure de la salle de bains. Attends, tu es médecin, et tu ne connais pas l’orgasme fontaine? Eh bien non… je me tais, embarrassée. Jade me donne la sensation d’être une petite scout timorée alors qu’elle est bien plus jeune que moi. Ah tu vois ce que je te disais tout à l’heure sur le gap orgasmique?

Tu crois que je peux être fontaine, moi aussi?

Ca je ne sais pas. C’est à toi de le savoir, c’est à toi de te lâcher, de ne pas avoir peur de t’abandonner. Mais je peux t’aider. Attends, j’arrive.

Jade revient de la salle de bains avec une serviette éponge dans la main et un gode ceinture autour de la taille. Je lance un rire gêné – l’objet me parait gros, artificiel, et pourtant, voir Jade affublée d’un strap-on me fait mouiller – ses seins, sa toison rousse, le harnais de cuir, son regard amusé me font penser qu’on peut vraiment s’éclater, elle et moi.

Allez rigole, t’es pas habituée mais tu vas adorer ça. Je vais jouer au mec, tu vas voir. Je suis sure que tu aimes être dominée.

Oh lala non. je n’aime pas la douleur, moi tu sais.

Mais t’es vraiment une débutante en fait! Je ne parle pas de contrainte, et encore moins de douleur. Je parle de donner des ordres, gentiment. De prendre le dessus, pour t’aider à t’abandonner. De jouer, pour te faire lâcher ton mental.

D’accord. Je suis Ok pour essayer. Mais si ça ne me plait pas je te le dirai d’accord?

Evidemment. J’espère bien, que tu me le diras, et je serai à ton écoute.

Elle s’approche lentement de moi. Des gestes étudiés. Un félin, avec le gode qui balance de gauche à droite, et j’essaie de ne pas rire.

Au lieu de rire, tu vas commencer à me sucer, si tu es d’accord.

Hmmm, je veux bien essayer. Au début, le gout du gode me déconcerte, mais le jeu, la force psychologique de ce geste – sucer Jade, la sentir me caresser les cheveux, l’entendre me dire : remue un peu ton joli cul, provoque en moi une excitation rare. Je me sens à sa merci, en confiance. Ouvre un peu tes cuisses, me dit-elle.

Elle caresse mon sexe doucement, du bout des doigts. Passe sur les petites lèvres, et déclare : vu comment tu mouilles abondamment, ça m’étonnerait que tu ne sois pas fontaine. Mais pour ça, je vais te torturer. Doucement. Gentiment. Je vais te faire languir ma belle, et tu n’auras pas le droit de jouir, jusqu’à ce que je décide qu’il en soit autrement.

Je ferme les yeux et abandonne mon entrejambe à sa bouche, qui reste à la lisière de mon sexe, qui m’effleure de sa langue, sans y aller franchement. C’est délicieux, de sentir son souffle ainsi. Délicieux, d’imaginer qu’une seconde après, elle me léchera peut être. Mais elle attend. Elle reste ainsi, à humer ma chatte, sans pour autant entamer quoi que ce soit. Elle eflleure mes cuisses de sa langue, fait le tour de mon clitoris : effectivement, elle me fait languir. Effectivement, je murmure : allez, s’il te plait, lèche-moi, j’en ai vraiment trop envie. Je ne suis pas sure, non, que tu en aies encore assez envie.

Elle monte légèrement sur mon ventre et me lèche sous le nombril, tandis que je sens sa poitrine frotter doucement sur mon pubis. Même mes cuisses sont trempées, je patiente tandis qu’elle descend, avec sa langue, en prenant tout son temps.

Et enfin, je sens la texture veloutée de sa bouche sur ma chatte toute gonflée de plaisir. Je vois ses yeux se fermer de délectation tandis qu’elle me lèche. Une marée s’élève au creux de mon bas ventre. C’est alors que je sens sa main s’introduire dans mon sexe : je vais y aller fort, si ça te va, me prévient elle. Et sa main fait monter une nouvelle contrée d’extase, je sens une pression qui grandit au niveau de mon pubis, je l’attrape par les cheveux pour qu’elle continue à me faire sentir sa langue. Jade s’arrête et sourit, les lèvres luisantes de ma mouille : ca te plait hein ? tu vois là, je suis sure que tu vas jouir. Mais continue, ne t’arrête pas! J’ai crié, et ça la fait marrer. Allez d’accord, j’arrête de te faire languir. Elle plonge de nouveau entre mes cuisses ; je sens sa langue tendre sur mon clitoris, et sa main ferme dans mon vagin. Elle accélère le mouvement, et maintient mon bassin de son autre main : je décharge dans un gémissement et sens une flaque s’arrondir sous moi. Tu vois que tu es fontaine! Dit elle en s’essuyant le menton, et on rigole de nouveau. C’était trop bon! Viens là, je veux t’embrasser, te remercier, te célébrer. Je veux sentir ton menton mouillé contre moi.

Maintenant, tu vas tout inonder pendant que je te baise.

Je ne sais combien de fois j’ai joui, cette nuit, sur son canapé, sur son visage, sur son gode, sur ses fesses même, tandis que je la retournais pour me frotter contre son cul rebondi.

Nous n’avons pas dormi. Je lui ai léché la chatte pour la première fois après que le soleil se soit levé. Sa belle chatte qui coulait dans ma bouche. C’était fou, incroyable, et je ne culpabilisais même pas au petit matin, quand je suis rentrée chez moi et que j’ai découvert Paul, les traits tirés, le téléphone à la main, encore en pyjama.

Où étais tu? Mais tu es folle! Je croyais que tu étais partie en garde à vue!

( A suivre)

Manif incandescente (1) :

Tout avait commencé le 5 décembre 2019, premier jour d’une mobilisation générale de grande ampleur contre la réforme des retraites – et dans une synchronicité assez magique, jour de ma découverte de l’orgasme. Comme si mon corps, à l’image d’un mouvement collectif refusant de s’aliéner à un travail pénible lorsqu’on se fait décidément trop vieux pour faire autre chose que s’octroyer de douces journées tissées de plaisirs gratuits (c’est ma vision de moi en dame âgée, une sorte de Whoopi Goldberg devenue épicurienne incontrolable), comme si mon corps donc s’émancipait lui aussi d’un carcan devenu insupportable : simuler le plaisir pour apaiser les tensions conjugales, lors de rapports sexuels anecdotiques, dénués à la fois de romantisme et de sensations fortes, dont la durée reste suffisamment courte pour préserver l’estime de moi-même, forcée de jouer l’extase pour quelques minutes seulement, le temps que mon mari pousse de grands râles derrière moi avant de s’affaisser sur le lit et de s’endormir comme un bienheureux (tandis que j’hésite parfois à me masturber discrètement pour me faire jouir).

Paul savait pourtant me baiser. Fut un temps. Au début, sa chemise entrouverte sur son cou nervuré comme un taureau, cette machoire carrée qui signe assez invariablement l’ambition masculine, sa manière de m’agripper par les hanches pour me retourner sur le lit et me prendre sans ménagements m’excitaient au plus haut point. Dans l’urgence qu’il semblait mettre dans chacune de nos levrettes – sa position préférée, celle qui lui permettait de me mater les fesses, de me les caresser, de les prendre dans la main avant de décharger copieusement sur elles – je lisais l’empressement de l’amour. Je me racontais que jamais aucun homme ne m’avait désirée comme ça. J’étais flattée de me voir ainsi retournée et prise « sauvagement », donc avec force, rapidité. J’aimais ça, le contraste entre la brutalité de nos rapports et l’intimité tendre qui nous reliait par ailleurs.

Il faut admettre aussi qu’à l’époque, j’étais un peu naïve. Pour ne pas dire complètement neuneu. Je croyais en la vertu de l’effort, du compromis, en amour déjà – et dans tous les autres domaines de ma vie. Je pensais qu’il fallait arrondir les angles, préserver les autres, éviter les conflits. Une bonne fille quoi. Obéissante, douce, écartant les cuisses sans trop se poser de question ; je me disais que si mon mari éprouvait une quelconque frustration avec moi, il finirait par aller voir ailleurs.

Et puis, rapidement, mon métier de docteure urgentiste a pris beaucoup de place dans mon existence. Entre les nuits de garde, l’atmosphère apocalyptique perpétuelle qui ne manque pas de régner au bloc, la fatigue nerveuse (se réveiller en pleine nuit, est-ce que je ne suis pas passée à côté d’un problème plus grave avec la dernière patiente), les occasions de faire l’amour avec Paul se sont faites aussi improbables qu’un régime politique sans corruption.

On est devenus riches, en plus, et on a remplacé les plaisirs de la chair par une autre forme de sensualité : de bons restos. Un plaid moelleux pour le canapé. Des vacances idylliques au soleil. Une aisance au quotidien. Un confort trompeur, pour adoucir les cadences infernales de nos semaines trop chargées. Bien sur que ça finissait par me manquer, le sexe, mais je n’y pensais plus tellement, à force.

Et puis, il y a un an à peu près, j’ai été infidèle. Une incartade avec Samy, un bel infirmier de 15 ans mon cadet, dont je n’imaginais que trop bien la peau douce contre la mienne, dont la bouche lourde et sensuelle provoquaient en moi un déferlement d’images obscènes et réveillaient l’envie de m’envoyer en l’air, comme ça, entre deux gardes. C’est sa manière de détailler mon décolleté, de rire légèrement trop fort à mes plaisanteries, sa précipitation à collaborer avec moi lors des opérations qui m’a donné des ailes. Nous nous regardions l’un l’autre, les yeux étincelants au dessus de nos masques en tulle verte, avec une avidité rare.

Tu ne dépasseras pas la limite de la séduction, me chuchotait une petite voix intérieure, tandis que je me caressais avec frénésie en pensant à lui, seule dans mon lit pour quelques heures, préférant me faire jouir pour la troisième fois plutôt que de me laisser aller à un sommeil profond. J’imaginais ses mains sur mon corps, sa belle bouche contre la mienne. Son érection contre ma cuisse. J’imaginais envelopper son sexe avec ma langue, lécher sa verge tendue, déboutonner ma blouse d’un geste franc, lui dévoiler ma culotte blanche (celle qui forme un si joli contraste avec ma peau noire, je me disais que ça le rendrait fou). Je l’imaginais poser sa main sur cette culotte, trempée, et m’enfoncer ses doigts. Je recommençais alors à me caresser, et plus je me masturbais en pensant à lui, plus ça devenait électrique entre nous. Nos frôlements, provoqués dans un simulacre de hasard parfaitement calculé, déclenchaient en moi une véritable marée de désir – au sens propre. Je n’en revenais pas de mouiller à ce point pour un homme avec qui rien de sexuel ne s’était encore produit. Je n’en revenais pas de me découvrir aussi salope, en fait. De faire exprès de déboutonner un peu plus ma blouse pour qu’il puisse contempler ma lourde poitrine. De mettre du rouge à lèvres fushia, pour dire : danse nuptiale. De ramener mes cheveux d’un coté à l’autre de ma nuque en le regardant droit dans les yeux, pour dire : j’ai envie de toi, putain, j’ai tellement envie de toi.

Alors évidemment, ça a fini par arriver. Un quart d’heure de libre. Tous les deux. En même temps. Notant cette possibilité sur le tableau des gardes, dès le matin. Se faire fine stratège, faire fi de l’inadvertance. Flipper à l’idée que ça puisse arriver. Flipper encore plus à l’idée que rien ne se passe. Lui glisser à l’oreille, d’une voix enrouée par l’audace : 14H30, salle 3.

Ouvrir la porte, le voir debout face à moi, souriant et tendu.

Fermer la porte. Lui rendre le sourire, ouvrir ma blouse, me mordre les lèvres, me dire, c’est fou comme je me sens timide tout à coup.

Il s’est précipité sur moi, m’a attrapée doucement par la nuque, et m’a embrassée. Je n’en revenais pas, de vivre cet instant qui avait tellement nourri mes fantasmes, et de trouver ça merveilleux. De vouloir encore sa langue contre la mienne, de vouloir encore sentir ses lèvres s’entrouvrir, de me sentir tellement excitée. Regretter même que le temps passe si vite, regretter de devoir calculer que si nous continuions à nous embrasser, rien de plus ne pourrait arriver.

Il s’est détaché de mes lèvres, m’a fixée, un regard de chaleur, un regard universel de désir. Une pièce mille fois jouée car inlassable jusque dans ses petites étincelles.

Tu es tellement belle.

Je me sentais incroyablement puissante. Sa jeunesse m’a émue. Il y a eu un moment de flottement, de ceux qui amènent les tsunamis, quand les vagues se retirent au loin. Il m’a amenée sur le lit – une couche au confort militaire, à dire vrai. Il a baissé ma culotte, et a poussé un gémissement de désir en écartant mes cuisses pour y plonger sa tête.

Jamais un homme ne m’avait léchée comme ça. Sa langue effleurait doucement mon sexe, avec une dévotion telle que ça m’a rendue dingue – il prenait tout son temps, il apposait sa bouche sur mes lèvres, comme pour lui donner un baiser. Je l’attrapais par les cheveux, je me retenais de crier, je me disais, je voudrais que ça dure toujours. Je mouillais sur son menton, et je visualisais sa belle bouche sensuelle luisante de mon plaisir, et ça m’excitait encore plus, l’idée de cette bouche magnifique sur ma chatte trempée.

Il m’a léchée avec tendresse. Il m’attrapait par les seins, caressait mes cuisses, enfonçait ses doigts. Parfois, le bruit des pas dans le couloir me ramenait à la réalité, j’avais peur qu’on nous surprenne, puis j’oubliais tout, ramenée à la millimétrie experte des coups de langue de Samy, suspendue à la prochaine montée d’extase qui ne manquait pas de soulever mon bassin au dessus du lit, oubliant même de le supplier de me prendre – ce pourquoi je concevrais d’énormes regrets, plus tard, quand ce quart d’heure avec la tête de Samy entre mes cuisses constituerait un réservoir d’images onanistes inépuisable.

Quand on a frappé à la porte, j’ai fermé les jambes et formulé d’une voix la plus naturelle possible : j’arrive! Une seconde!

Nous recommencerons, m’a dit Samy, s’essuyant le menton de sa manche, en riant de ma précipitation à refaire le lit, arranger ma coiffure, fermer ma blouse. Oh oui, j’ai adoré. J’ai envie qu’on recommence.

Alors, pendant plus d’un mois, mes gardes ont été ponctuées de merveilleux cunnilingus que me prodiguait Samy à la faveur d’un quart d’heure en commun. C’était si bon que nous ne songions pas, je crois, à modifier le déroulé de nos incartades.

Et puis, le plan d’austérité a forcé la direction de l’hopital à prendre des mesures sur la gestion du personnel. Voilà le genre de périphrase qu’affectionnent les gens qui ont du pouvoir pour nous pourrir la vie. Déjà que tout le monde était franchement épuisé, à courir dans une panique devenue quotidienne – calmer les fous qui atterrissent aux urgences faute de structure d’accueil valables, faire des points de suture par dizaines, s’occuper de la vieille dame à la hanche brisée qui attend depuis plus de six heures sur une chaise en plastique, supporter la vue d’enfants maltraités, le tout en enchainant des gardes sans faire de pauses, sans dormir ni manger, et voilà qu’on nous annonçait : « les gars; au vu de votre efficacité ces derniers temps, on a décidé qu’on était capables de faire mieux avec moins. Je ne vous dis pas que c’est de gaité de coeur, hein, évidemment. Ca va être dur, de se séparer de certains éléments. Vous savez bien que c’est pas nous qui tenons les cordons de la bourse. Mais on est fiers de vous, fiers de voir qu’on peut absorber une coupe budgétaire sans impacter la qualité de notre travail. Les patients avant tout. »

Samy a été transféré dans un autre service, et je ne l’ai plus revu. J’aurais pu songer à prendre son numéro, réserver un hôtel, ménager du temps rien qu’à nous, mais pour être honnête, il fallait déjà que je dorme – les journées au bloc avaient transmuté en un enfer indescriptible, j’étais tellement épuisée que je n’avais pas le temps de penser à lui.

Tout le monde était à bout. Les docteur-e-s, comme moi, les infirmier-e-s, évidemment, mais aussi les anesthésistes, les radiologues, les standardistes, les analystes, les gynéco, les cardio, enfin tout le monde quoi.

Alors, quand les syndicalistes ont évoqué la grève, cette fois, on les a écouté-e-s – et pas seulement pour être poli-e. Personne ne s’est dit, halala, toujours la même chanson, perdre une journée de salaire pour rien, manifester tout le monde s’en fout, et puis les malades ont besoin de nous. On les écoutait, les yeux cernés par les journées folles à l’hopital; et on a admis que ça ne pouvait pas durer comme ça. Peu importait, finalement, la couleur politique de la contestation, car il fallait que ça change. D’autant qu’avec la réforme des retraites, cette fois, tous les secteurs de l’hopital étaient touché-e-s : plus seulement les agent-e-s de nettoyage, ou les infirmiers : non, tout le monde. Moi même, me voir travailler jusqu’à plus de 70 ans dans ces conditions, ça relevait de la blague absolue. Version farce macabre.

On a décidé de rejoindre le cortège Sud Santé – une habitude prise au gré des dernières mobilisations, c’était ça ou le camion de la CGT qui diffusait des musiques vraiment trop convenues pour fédérer les troupes, et à Sud Santé, il y avait moins de monde, on se retrouvait entre gens qui se connaissent. Je discutais avec un collègue de Lariboisière en attendant que la manif parte, quand elle m’a abordée – Coucou, on s’est déjà vues à la marche féministe non?

Effectivement, son visage me disait quelque chose. J’ai détaillé ses traits fins, ses yeux verts, sa chevelure ébouriffée, et je n’ai pu m’empêcher de noter sa poitrine rebondie sous son sweat qui affichait « Smash the patriarchy ». De me dire, dis donc, elle est menue mais elle a une poitrine …

Non, je ne crois pas. Je n’ai pas le temps de manifester d’habitude. Elle a froncé les sourcils, alors je me suis sentie obligée d’ajouter : je suis médecin urgentiste.

Oh, c’est vrai? Moi je suis étudiante. En école d’infirmères. Jade, enchantée.

Et tu es féministe alors? ai-je lancé, pour ne pas interrompre la conversation, de peur qu’elle se détourne vers ses camarades, parce que l’échange me donnait une impression de fluidité agréable. Décidement, les infirmier-e-s, c’est ton truc, m’a chuchoté ma petite voix intérieure, sarcastique.

Bien sur! Pas toi? Je ne sais pas qui ne l’est pas, aujourd’hui, a rétorqué Jade. La vivacité de ses réponses m’étourdissait, me donnait la sensation d’être un peu has been. J’avais envie de l’impressionner, et pourtant, je me faisais l’effet d’une nana dépassée par les évènements.

Si si, évidemment. Enfin, je crois. Disons que je n’ai pas le temps; mais ça m’intéresse. Vraiment beaucoup. Et j’ai lâché, dans un élan de sincérité dont j’ai été la première étonnée : je crois que j’ai encore du chemin à faire là dessus. Tu vois, j’ai beau admirer Simone de Beauvoir, Michelle Obama, Virginie Despentes, j’ai beau croire très fort en l’égalité hommes femmes, je me regarde au quotidien, avec mon mari par exemple, et bon, sans rentrer dans les détails, mais c’est pas forcément la joie. Je me rends compte que je fais tout à la maison, par exemple, et je n’ose pas aborder le sujet – parler des taches ménagères en couple, je sais pas, c’est comme admettre la fin de la magie. Je ne peux pas dire que je suis vraiment féministe, du coup.

Ah, tu es hétéro, c’est pour ça, a déclaré Jade avec un clin d’oeil.

Je suis restée interdite. Elle est donc lesbienne, a affirmé ma voix intérieure, et tout d’un coup, l’image du corps nu de Jade se frottant sur une femme s’est imprimée dans ma rétine, déclenchant une marée de visualisations que je ne parvenais pas à stopper. Jade qui offre ses gros seins à la bouche d’une femme. LJade qui enfonce ses doigts dans ma culotte. Jade qui retire la sienne pour me montrer sa toison auburn. Jade qui me caresse les fesses….

Allez je rigole, c’est pas grave d’être hétéro tu sais, ça se soigne il parait. Elle m’a attrapée par le bras, avec une fermeté qui ne manquait pas de dérision, et a chuchoté pour éviter qu’on ne l’entende : surtout pour une belle femme comme toi. Ca se soigne facilement je pense.

(A suivre)

Tuto 4 : la femme fontaine

Il existe un mythe selon lequel toutes les femmes seraient « fontaine », comprendre, peuvent éjaculer ou « squirter » (si jamais besoin d’un mot clé pour chercher de quoi s’impressionner sur les plates formes de porno). Mais si on renverse un peu la donne, on peut aussi partir du principe que tou-te-s leurs partenaires peuvent être « sourciers » ou « sourcières », aka déclencher la fontaine et trouver la source.

La face cachée de Catherine Deneuve

A partir de là, je vais digresser légèrement, maintenant que le suspens est à son comble et les serviettes éponge placées en évidence sur votre lit n’attendent plus que votre savoir faire .Un débat agite souvent les discussions autour de la sexualité entre les partisan-e-s de la technique et les partisan-e-s du feeling. Le bon coup n’existe pas, il n’y a pas de recette magique, sinon ça se saurait. Le sexe est avant tout affaire de confiance, de feeling, de magie éthérée grâce à laquelle les orgasmes s’enchaineraient tels des signes évidents d’amour profond, résonnant avec des sentiments d’une pureté qui n’aurait d’égal que la confiance en nous même, la capacité à nous « lâcher », et à partir de là, il est de votre responsabilité d’atteindre ce niveau de magie pour jouir, donc pas besoin de vous farcir la tête avec des croquis sur le clitoris et /ou le plaisir prostatique.

Mais mais mais…. On a tous et toutes vécu ces moments de grande fusion énergétique et si prometteurs, avec l’alignement des planètes et une dose suffisante de cyprine pour laisser le lubrifiant dans le tiroir. Des gestes lents et étudiés mais pas trop, du regard de braise, de la libido en barres. Pourtant, il s’avère que malgré la dose d’excitation maximale, votre partenaire n’aura pas su vous faire jouir, tout simplement parce qu’il ou elle n’aura pas eu les gestes précis, l’angle idéal, la technique qui vous convient. Et je ne sais pas si les bons coups existent vraiment, mais par contre, je suis sûre que l’univers est encore rempli de mauvais coups, qui sucent avec les dents ou s’attendent à un feu d’artifice au moindre effleurement.

Sorry John; but Max makes me squirt, I love him

Revenons à nos fontaines : du coup, je vous assure qu’il existe bien une technique relativement infaillible pour faire éjaculer une femme. Elle est assez simple du reste, aussi je ne vois pas pourquoi elle serait conservée par une petite minorité aussi jalousement que les clés du Medef, attendu que la sensation d’éjaculer procure un grand plaisir et qu’il n’y a pas de raisons pour que ça soit l’apanage de 48% de la population.

Vous n’avez pas le monopole de l’éjaculation je vous signale

Evidemment, il y a tout d’abord une barrière psychologique à dépasser pour la femme, typiquement « Mon dieu je vais me faire pipi dessus » > (le liquide de l’éjaculation est bien composé d’urine mais très très diluée) donc ben on se détend, on lache prise, et si besoin on peut s’entrainer seule à la maison devant un tuto youtube avec des boules de geisha. (On en va pas rentrer dans le détail mais les muscles du périné sont hyper importants dans le processus).

Evidemment pour le ou la partenaire, il y a cet équilibre à trouver entre la volonté philanthropique de faire découvrir un potentiel incroyable à une femme (plus de 80% d’entre nous considèrent que l’orgasme fontaine est une véritable avancée dans notre vie sexuelle) et l’obstination débile qui mise sur l’éjaculation féminine comme si c’était le dernier niveau caché de Mario Bross.

En tout cas, c’est plus simple de commencer avec la fameuse technique des doigts en crochet, 2 ou 3 selon la taille de votre main. Après quelques stimulations de votre gout (on ne va pas vous macher tout le travail hein non plus) glissez la main dans le vagin, placez le bout des doigts sur le point G (là où la membrane se fait rugueuse) et faites un mouvement rapide, saccadé de « viens là », les doigts vers vous. Vous pouvez avec votre autre main exercer une légère pression sur le bas ventre, ou bien exciter le clitoris.

Peut être que vous allez devoir vous y prendre à plusieurs fois pour trouver la vitesse et la force de pression qui vous convient (et si ça fait un peu mal au poignet c’est normal). L’idée est de ne pas changer de rythme, de garder une bonne vitesse de croisière – exactement comme un homme qui se fait branler en fin de compte (la loi d’harmonie dans la nature n’aura de cesse de nous émouvoir).

Une fois la fontaine déclenchée, attendez-vous à ce qu’elle se manifeste dans d’autres pratiques : cunnilingus, pénétration avec verge ou sex toy – plus facile au début si la femme est en amazone, ça lui permet de controler l’angle.

J’ajouterai que je suis assez sidérée par le nombre d’articles pseudo médicaux faisant état d’études scientifiques qui se penchent sur la composition de l’éjaculat féminine. Ok, peut être que tous ces mystères ont manqué d’éclaircissement précédemment, mais 1. Ce n’est pas hyper sexy de connaitre l’importance des glandes para-urétrales. 2. Un garçon qui éjacule a-t-il besoin de tout savoir sur la composition de ce liquide blanchatre échouant sur des kleenek roulés en boule dans la corbeille à papier? Je ne crois pas.

Enfin, s’il vous plait, quelle que soit votre surprise face au phénomène (lequel peut devenir impressionnant, surtout si votre salle de bains ou votre salon s’en trouve véritablement inondé), ne marquez pas de dégout trop explicite, ça peut bloquer la dite partenaire. (Et faites plutôt comme Daisy Lambert, écrivez nous des compos) (Sinon, ce documentaire d’Olivier Jourdain sur les femmes fontaines au Rwanda a l’air top)

Faut-il pimenter sa vie sexuelle?

Difficile d’y échapper : les injonctions à explorer notre sexualité sous un angle kinky dépassent la seule lignée des magazines dits féminins. Lesquels, cela dit, dictent tout de même 10 pratiques à tester au moins une fois dans une vie : maintenant, on peut donc clamer tranquillement que si à 50 ans, tu n’as pas joué du martinet sur un-e partenaire saucissonné-e en public (de préférence dans un donjon à 70 balles l’entrée), eh bien t’as raté une belle occasion de contrebalancer l’absence de rolex à ton poignet.

Ainsi, le monde du cul se diviserait en deux espaces bien distincts : à ma droite les couples plutôt vieux monde, monogames et ennuyeux, qui ne s’extraient d’un missionnaire mensuel qu’à la faveur d’un adultère sous forme de sextos avec le/la stagiaire, englués dans une hétéronorme pesante, qui n’auraient pas bien compris que la pénétration n’est plus une fin en soi, allant cependant manifester avec enthousiasme contre la PMA et diffusant des idées bien arrêtées sur la manière de conduire une sexualité couleur catho, aussi progressiste donc que la collection Dim de Jean Paul XVIII.

« Slip du pape » dans le moteur de recherche donc.

A ma gauche, des pansexuels jeunes et décomplexés, en couple libre ou polyamoureux, multipliant les occasions de s’éclater, maniant avec brio le shibari et les soirées échangistes, dessinant avec enthousiasme un univers joyeux de fesses épanouies et de verges repues, militant pour du porno queer et éthique entre deux écoutes de podcast cools sur le plaisir prostatique.

Aussi, pour créer de la porosité entre ces deux espaces, afin de dépasser les préjugés/les blocages et surtout l’ennui insidieux qui s’installerait inexorablement au fil des mois à deux, on vous conseille de « pimenter votre vie sexuelle » : ie, d’y instituer un côté plus trash, avec la parole, les jouets, ou même la douleur. On vous conseillera pour les fetes des menottes en moumoute rose, des bandeaux pour les yeux, enfin tout un attirail 50 shades of grey bas de gamme, à même soi disant de « Pimper » son rapport au cul – injonctions ou conseils qui indiquent grosso modo que ta sexualité est jugée comme morne ou routinière, c’est de ta faute, tu n’as plus qu’à claquer un PEL en baillons, cordes, vibros et j’en passe. Pimenter serait donc le mot joli pour ajouter de la contrainte, ou de la douleur.

Maia Mazaurette, qu’on ne présente plus, a proposé cette Ted-s Talk sur le sujet, que je trouve assez fascinante puisqu’elle propose de prendre le contrepied des préceptes de nouveauté et de piment en acceptant l’ennui sexuel. Ce n’est quand même pas banal d’affirmer qu’on va décroitre le plaisir en y ajoutant une tonalité proche de la douleur, ou de la contrainte. Si on suit bien la logique jusqu’au bout, quand vous déprimez face à un petit salé de tofu aux lentilles bio, il ne s’agit pas seulement d’y ajouter un peu de pili pili. Donnez-vous donc des petits coups de fourchette sur la langue, bande de coincé-e-s.

Le rapport à la douleur et à la contrainte ne va pourtant pas de soi. C’est OK d’avoir une appétence pour le BDSM, qui est d’ailleurs un ensemble de pratiques souvent bien plus complexes qu’on ne l’imagine, et c’est tout aussi OK de ne pas fantasmer sur un rapport de pouvoir (car le jeu du BDSM tourne finalement autour de ce sujet). Etre attaché-e par exemple peut fortement devenir ennuyeux, d’une part parce qu’on est privé-e de la liberté de ses mouvements et donc d’une forme de contact choisi, en conscience, d’autre part parce que la charge mentale de celui ou celle qui attache devient conséquente et pas forcément propice à cette danse chorégraphiée que peut devenir un rapport sexuel « réussi ». La douleur comme moteur d’excitation et de fantasmes, qu’elle soit infligée ou subie, ne concerne statistiquement qu’une petite partie de la population, on est pas du tout obligé-e-s d’aimer ça.

Mais le BDSM peut être drole aussi je vous assure

D’un point de vue plus large que celui du cul seul, ces incitations permanentes à sortir de notre zone de confort sont un peu fatigantes (surtout en plein hiver, quand affronter l’extérieur relève déjà de la grosse gageure). Elles forment sous certains aspects une prérogative à s’habituer au stress, et indiquent une inéquation préjudiciable entre une société qui pousse perpétuellement les individus dans leur propre limite et la capacité à ne rien faire, à se reposer, à rester dans son « confort », justement. Pourquoi donc ne pas rester dans ce confort, pour une fois, et faire plutôt de notre sexualité un cocon, quitte à accepter la dose d’ennui et de routine si elles s’invitent, plutôt que de les repousser à grands coups d’innovation perpétuelle?

Et puis, de base, on se méfiera des conseils bien pensants de ces mêmes magazines qui m’ont faire croire pendant longtemps que plus je simulerais, plus le garçon en face serait satisfait, et donc plus je serai « un bon coup », au détriment de mon plaisir. De même, les modes genre 50 shades of grey vulgarisent à l’excès une esthétique qui dépasse le seul donjon rouge et noir, et ce n’est pas avec des draps de soie et des miroirs au plafond que vous deviendrez plus à l’aise avec le cul – vous aurez juste l’air d’être un habitué du Carlton, ce qui commence tout de même à friser avec le ridicule.

Alors, comment faire pour prendre le contrepied de tout cela, et instaurer de la douceur dans notre rapport au cul? (partons du principe ici que vous instaurez ceci avec un-e partenaire plutot régulièr-e, ou en tout cas quelqu’un avec qui les calins sont de mise)

  1. Renouer avec de la tendresse. De la vraie et de l’inhabituelle. Si on se visualise mal flatter un genou avec emphase, sortir des chemins tout tracés seins/sexe/fesses, pour visiter la cuisse, la nuque, les épaules, les pieds, peut devenir franchement emballant. J’ai découvert sur le tard que ma zone érogène première, en dehors des habituelles, était mon omoplate, et ce n’est pas avec un coup d’un soir et/ou dans une soirée privée que ça aurait pu m’arriver.
  2. Renouer avec l’intensité. On ne le dira jamais assez : l’importance du regard! Et de l’intention de ce même regard. Parce que si vous plongez les yeux dans ceux de votre partenaire en songeant à la facture d’elctricité, ça se voit tout de suite, donc posez une intention « cul » et ça sera très « cul ».
  3. Renouer avec les fantasmes. Nous sommes traversé-e-s par à peu près 20000 de fantasmes chaque jour (quoi, pas vous?), alors les convoquer pendant l’acte n’a rien d’anormal, et vous n’êtes pas une mauvaise personne si le fessier du voisin/de la voisine apparait dans votre grotte mentale tandis que votre partenaire actuel-le vous présente le sien. Voire, les formuler (avec tact, parce que vas y je pense trop à la voisine c’est légèrement vexant) peut ajouter une bonne d’excitation à l’affaire
  4. Renouer avec la lenteur. Se déshabiller en prenant tout son temps, (sans forcément plier son caleçon hein, ), embrasser, accepter que ça ne soit pas tout de suite cris d’orfraie et traversins par terre. Voir ce qui vous appelle. Prendre l’autre par la nuque? Souffler dans son oreille? Se brancher à l’autre, toujours. Empathie for ever.
  5. Renouer avec le no-sexe. Oui. Le no-sexe. Prendre le temps de se découvrir nu-e-s, sans obligation d’excitation, encore moins de jouissance à caractère immédiat. Instaurer des zones de recherche, des temps consacrés à la découverte du corps de l’autre, contempler l’arrondi de la hanche, les pectoraux, les poignets. Mettre de la musique, comme dans les années 90. Voire danser un slow. Allumer une bougie. Se débarrasser de la peur d’être trop « straight », ennuyeux.
  6. Ca parait évident, cependant l’injonction à explorer des niveaux évolués du cul a parfois pour corrélat de se jeter sur des partenaires qui ne nous plaisent pas vraiment (coucou mes plans ratés Tinder et autres) : alors, prenez le temps aussi de vous sentir bien avec quelqu’un, de vous sentir satisfait-e sur d’autres niveaux que le cul seul, parce qu’en soi une bonne petite masturbation sinon, ça fait tout aussi bien l’affaire.
  7. S’assumer tel-le quel-le, que vous soyez asexuel-le, sexophobe, ou sexophile (ou non déclaré-e pour le moment). Avec les failles qui en découlent forcément. Rien ne met davantage en confiance qu’une personne qui se connait, et qui pose le cadre de sa vulnérabilité.
  8. Accepter du coup que l’autre ne soit pas toujours dedans, toujours parfait, ce n’est pas grave et sinon, reste toujours le pili pili dans le tofu aux lentilles pour vous consoler.

Tuto 3 : la fellation

Pour peu qu’on regarde en arrière avec lucidité, la compassion pour cette jeune personne que vous étiez, enthousiaste certes, mais aussi vaguement stressée à l’idée de sucer une bite, vous prend au coeur.

Fellation du soir, détend la machoire

Qu’elle était mignonne, cette version de vous qui pensait sincèrement que englober le gland avec sa bouche sans saliver ni remuer constituait le parangon de l’acte érotique, prenant l’immobilité du partenaire comme un signe d’efficacité, et se félicitant d’avoir tenu deux minutes dans cette position un peu embarrassante, avant de remonter sur l’oreiller pour conclure la phase de préliminaires vers des choses plus sérieuses. Heureusement, aujourd’hui, vous savez sucer. Vous avez compris que le mouvement dit de la coulisse est d’abord lent, puis rapide. D’autant que comme l’explique Blanche Gardin dans ce sketch culte, les mains masculines vous encourageant à accélerer le mouvement laissent peu de place à l’hésitation ou à l’inaction. Maintenant que vous êtes adulte, vous acceptez même que le dit phallus puisse avoir une odeur, et si toutefois celle ci se faisait par trop rebutante, vous parvenez à exprimer gentiment qu’une petite douche aiderait sans doute à écarter la vision du plateau de fromages peu propice à l’envie de donner du plaisir oral à son/sa partenaire. (d’ailleurs, le dit partenaire va subrepticement passer de l’eau sur le dit phallus pour peu qu’une bonne pipe se profile, en n’oubliant pas de décalotter si absence de circoncision). (ceci était un message clair entre parenthèses, hein, au cas où).

En quelques mots, vous pensez sincèrement être un-e pro du suçage de bites, étant donné que le dernier en date vous réclamait assez souvent ce petit plaisir, qui était même devenu au fil des années de relation et des guéguerres sur la répartition des tâches ménagères un outil non négligeable de pression, ce qui n’est pas sans conséquence d’ailleurs : je fais un effort et je te suce la bite = sucer la bite est un effort = donner du plaisir est un effort = plus personne n’a envie de faire des efforts. Mais je m’égare.

Seulement, ce nouveau partenaire grimace légèrement alors que vous lancez, à genoux, un regard parfaitement étudié de dévotion en vous emparant fièrement du membre dressé pour le remettre en bouche, dit « le regard de salope ». Euh, articule t il dans un sourire qu’il espère détendu et bienveillant, tu peux y aller plus fort. Pas de chance, vous avez déjà une crampe à la machoire et votre nuque vous tiraille. Allez, on va ajouter un mouvement de la main, en exerçant une forte pression sur la base. Hmmm, dit l’autre en se tortillant. Souriant derechef. J’aime bien quand la main et la bouche font le même mouvement. Le regard se salope se fait perplexe. Vous ne pensiez pas que sucer peut s’apparenter parfois à une discipline olympique.

Ce n’est pas très féministe je vous l’accorde

Ou alors, à l’inverse, celui là préfère quand c’est doux. Ou sans les mains. Ou alors les gorges profondes (en vrai, ils aiment tous cela, hein, évidemment). Mais vous étouffez avec des bruits d’étranglement qui rappellent davantage votre dernière intoxication alimentaire que la bande sonore d’un Marc Dorcel. Du coup, vous sentez bien que vous avez encore du chemin à faire pour sucer votre partenaire, et ça vous décourage un peu.

Note : si vous faites partie de ces hommes souvent déçus par la pratique de fellation sur votre fabuleux membre viril, je vous propose de vous entrainer avec une banane ou un concombre. Cinq petites minutes, au rythme auquel vous aimeriez être sucé. Et tant qu’on y est, avec la profondeur que vous recherchez. Vous allez voir, c’est du sport – après ça, vous comprendrez pourquoi on dit que non, la taille ne compte pas tant que ça.

Mais avant d’entrer plus avant dans les détails techniques, une évidence pourtant essentielle : on ne suce pas si l’envie profonde et entière de s’agenouiller devant cette bite tendue ne vous motive pas à vous lancer dans la pratique. On refuse, on diffère, bref : si c’est pas le moment, ou si c’est pas votre pratique favorite, il suffit de le dire.

Corrélat : ce qui excitera votre partenaire, c’est la dévotion pour sa bite. Je répète : la dévotion pour sa bite. Donc avant de démarrer les hostilités, jeter un regard éperdu d’admiration quelle que soit la forme et la couleur de la verge, en agrémentant d’un gémissement gourmand + se mordre les lèvres comme si c’était la tarte aux fraises de chez Maison Lendemaine. Non, vous n’êtes pas ridicule, et ce n’est pas exagéré : si jamais cette idée vous fait sourire, dites vous que c’est ainsi que vous prenez le pouvoir sur la pratique, la transformant en jeu érotique et non en préliminaire de base rapidement torché. Oui, on a tous besoin d’être rassurés avec son sexe, et oui, ça marchera à chaque fois. Donc ne sautez pas cette étape.

Mieux encore : jeter des regards éperdus d’admiration, l’oeil brillant, bite en bouche, le plus souvent possible. C’est ça qui excite la plupart des hommes : qu’on puisse à ce point aimer sucer une bite. Pour celleux qui jugeraient que la fellation est un moment d’asservissement au plaisir masculin et se sentiraient comme un hologramme de la sexualité normée patriarcale ainsi dévolue à la bandaison, dites vous qu’il existe une autre possibilité : en suçant, vous prenez une forme de pouvoir sur l’autre. Il sera pieds et poings liés, assujeti au rythme, à la pression, à la dose de salive, à l’engouement que vous y mettrez.

La technique pure et dure :

Avant de commencer, on lèche la partie la plus sensible du gland chez la majorité des hommes, le frein (vous savez, ces petites lignes qui font se rejoindre le gland et la base de la verge) (Mère nature l’a même placé à portée de langue). On donne des petits coups de langue en serrant la base. Puis, on tourne avec la langue autour de la base, en marquant verbalement son envie ou son admiration. Version dieu fétiche. Hmm j’adore ta queue, qu’est ce qu’elle est bonne, qu’est ce que j’ai envie de te sucer, et j’en passe.

Ensuite, on ramène le plus possible de salive dans sa bouche avant de commencer (en évitant la version gros mollard hein) (quoique, il y en a qui kiffent). Car c’est aussi une technique indispensable : si vous ne lubrifiez pas suffisamment, vous risquez de lui faire mal. Ca tombe bien, en mettant le gland au fond de la gorge, vous saliverez plus facilement. Donc on bave comme un-e petit-e fol-le, vous pouvez même cracher, ou prendre la salive dans vos mains pour l’étaler, c’est pas les variantes qui manquent.

De là, deux écoles de garçons.

Ceux qui bandent bien dur et sans trop de problèmes. Ceux là préfèreront souvent le mouvement de coulisses avec la bouche et sans les mains, ce qui vous obligera à tenir un rythme avec votre seule nuque, mais vous pouvez lui agripper les fesses ou les hanches, quand vous en avez marre vous faites des pauses hein. (lécher le bout du gland est une activité bien moins épuisante).

Ceux qui bandent moins facilement,- (ah l’alcool passé 30 ans) et qui vont aimer sentir votre main qui serre fort la base, ou accompagner le mouvement de la bouche, bien fort si possible, car ils aiment être pris en main. Je sais, ça fait beaucoup de calories à la minute.

Important : on essaie de ne pas dissocier le mouvement de mains et celui de la bouche. Dans l’idéal, il faut que la cadence soit soutenue, que votre partenaire sente que vous êtes prêt-e à soutenir le rythme. Rassuré par celui là, si la jouissance venait à monter d’un coup, que vous n’allez pas le lâcher d’un coup en pleine extase. Ce n’est pas forcément la peine de bourriner non plus, dans tous les cas, se brancher aux signes non verbaux vous conduira à doser justement la pression.

Serrer fortement les lèvres dès le gland jusqu’à la base procurera une intense satisfaction à votre partenaire (c’est bon signe s’il s’évanouit).

Aussi : n’oubliez pas les testicules, ou l’anus, selon les préférences affichées, avec un massage léger ou des coups de langue.

Enfin, pour ce qui est de la gorge profonde, cette dernière se fait plus simple si vous vous mettez fesses vers lui, et non en dessous de lui – votre glotte sera ainsi moins sollicitée. De cette manière, vous pourrez travailler la qualité de l’angle dans votre gorge et ne pas avoir la sensation de dégobiller dès que la verge entre au fond de la bouche

Pour éviter les hauts le coeur durant la gorge profonde (qui sont par ailleurs parfaitement normaux), la technique simple consistera à choisir des positions où vous avez la tête légèrement en arrière. Par exemple, vous êtes allongé-e et votre partenaire est au dessus de vous, les cuisses autour de votre cou, ce qui présente l’avantage certain d’avoir ainsi accès à ses fesses, et de pouvoir jouer avec son anus, ou les testicules, assez facilement. (On peut aussi se dire que la gorge profonde n’est pas obligatoire, si la pratique vous rebute.)

Dans tous les cas, comme pour le cunnilingus, on se branche le plus possible à ses compétences d’empathie pour sentir ce que le monsieur au dessus de la verge préfère, avec sa sensibilité, ses habitudes. On répète le mouvement avec la cadence qui semble convenir, en variant de temps en temps pour le plaisir : doucement… puis de nouveau rapide…. Proposer au mec de vous mettre la main sur la tête voire de vous attraper par les cheveux permettra de montrer plus facilement la cadence qu’il préfère (non, ça ne fait pas de vous une petite chose soumise).

Une fois délimités ces principes somme toute très techniques, il est important de préciser que la fellation peut être aussi un art. Si vous aimez cela, vraiment, alors vous pouvez rendre votre partenaire complètement dingue. En choisissant de le torturer , par exemple. Genre, de vous arrêter à chaque fois que vous sentez qu’il va jouir, de le fixer, en mode, non pas maintenant, puis de reprendre. Ou alors; d’y aller d’abord très doucement, puis d’enserrer de plus en plus, en descendant lentement, avant d’accéléler le rythme (ne passez pas non plus d’une cadence à l’autre, ça va le destabiliser plus qu’autre chose). De faire durer le plaisir, de lui montrer que vous n’êtes pas là pour vous débarrasser de l’affaire. Et avec les mains, vous pouvez lui caresser le torse, le bassin, les tétons….

Enjoy les petit-e-s coquin-e-s!